La Prose Photo

Des histoires de photos, des poses et quelques mots

Du vent dans les arbres

30 novembre 2020


Bonne nouvelle ! Il semble que Noël parvient à se frayer un chemin ; certes escarpé et semé d’embûches, mais il se dirige droit vers nous !
À l’heure ou petits et grands sapins s’apprêtent à envahir nos maisons, c’est l’esprit de famille qui domine
et c’est pourquoi je vous propose une petite balade en forêt, berceau familiale de notre arbre de Noël préféré.
Avec un peu de chance vous allez même apprendre une chose ou deux, on touche du bois !


En rangs bien droits comme des écoliers, les bouleaux disciplinés m’accueillent dans leur bois clairsemé aux reflets argentés.
On entendrait presque le froissement des culottes courtes des retardataires pressés, bientôt réprimandés.
Sachez que c’est précisément une baguette de bouleau que les instituteurs utilisaient jadis pour taper sur les doigts des jeunes fautifs.
La punition était suffisamment vive et sévère pour ne point avoir à rappeler de quel bois on se chauffait.
Allez, au boulot !

Le parc de la Bouzaize situé à Beaune en Côte d’Or, regorge d’arbres magnifiques et c’est une population arboricole très diversifiée qui s’offre à nous.
J’allais à pied lorsque j’ai trébuché contre ces énormes pattes. Levant la tête, je vis l’animal.
Il était impressionnant et je ne saurais évaluer la distance du tronc à la cime, mais devant cette immensité je me suis mise à trembler comme une feuille.
Nous sommes restés tous deux plantés là à nous regarder calmement dans une sorte d’échange, sans langue de bois.
Et puis finalement je suis partie, d’un commun accord nous avons décidé que je ne prendrai pas racine.

Avez-vous déjà entendu parler de la Dendrophobie ? Il s’agit de la crainte irrationnelle des arbres.
Bien souvent, cette peur est accrue par l’hylophobie qui désigne plus généralement la phobie des forêts.
Je ne peux m’empêcher de penser que les arbres possèdent eux aussi leur propre phobie,
à commencer par celle du genre humain et, toute proportion gardée, de l’affluence, du bain de foule, de la vague à l’homme.
L’homme, faisant feu de tout bois sous prétexte de se chauffer n’en finit jamais de déterrer la hache de guerre,
mais il ne fera pas long feu s’il épuise les ressources de la terre qui le nourrit.
Il scie la branche sur laquelle il est assis.

Quel grand mystère que celui de la petite graine qui devient un arbre puissant et majestueux.
Miracle de la vie, qu’elle soit humaine, animale ou végétale.
Savez-vous qu’il a été trouvé dans une vieille jarre déterrée en Israël,
un tas de graines âgées de plus de 2000 ans que l’on a ensuite planté.
De ces vieilles graines ont germé des palmiers qui ont poussé et ont donné des dattes,
merveille du calendrier qui égrène parfois sans conséquences les années qui défilent.

J’ai fini par le voir, mon beau sapin roi des forêts !
Aux abords du canal que je parcourais un dimanche ensoleillé,
la vue renversante m’étourdissait et le reflet me faisait miroiter une vue encore cachée, une promesse de l’eau.
Lorsqu’il m’est apparu, j’étais si émerveillée par tant de grâce et de beauté que des étoiles dans mes yeux se sont illuminées,
les clapotis de l’eau se sont mis à scintiller et, assise sous son pied, j’y ai déposé mes souliers.


« Qu’ils déboisaient déboisaient déboisaient, on a trouvé qu’ils abusaient bien sûr, la fin des arbres ou la fin de la terre c’est pas la fin du monde, mais tout de même on s’était habitué. Autrefois les bûcherons avaient des égards pour les arbres, autrefois les bûcherons buvaient à leur santé. » – Arbres (1976) Jacques Prévert


L’arbre va tomberFrancis Cabrel

Ma boite à couleurs

23 novembre 2020


Je fais souvent le même rêve. La vie est un tableau que l’on peint.
Une touche de pinceau sur la toile, un peu chaque jour.
En ce moment l’usage du noir est de rigueur, alors j’ai préparé une palette de couleurs, et tout en nuance,
j’ai tâché d’ajouter de l’éclat ça et là, pour empêcher l’âme de se dégrader.
Tel un retour sur le passé où le moral était bon, un peu comme une machine à remonter le ton.


Lorsque quelque chose me mine, la créativité est mon échappatoire.
Peindre, dessiner, photographier… Tous les moyens sont bons pourvu que je m’esquive dans l’esquisse.
De l’ébauche au croquis, fidèle à la voie que je me suis tracée,
je mets un point d’honneur à être à la hauteur de mes desseins.

Serait-ce exagéré d’affirmer que cette photo là m’a donné bien du fil à retordre ?
Je vous laisse imaginer le soin et l’application que représente toute la mise en scène, j’ai eu du mal à en découdre.
Mais je brode à n’en plus finir !
Je voulais juste que vous compreniez que, là encore, j’ai mis beaucoup de cœur à l’ouvrage.

Une douce nostalgie m’envahit lorsque je vois ces bâtonnets pastels.
Je vous brosse le tableau : dressées sur une partition blanche, des lettres soigneusement tracées à la craie s’affichent fièrement.
Véritable coup de maître, elles sont tantôt rondes, chancelières ou cursives et se dessinent
en grinçant parfois plus que nos oreilles ne peuvent le supporter.
Mais comment ne pas pardonner devant tant de finesse et de beauté…
Allez, on efface l’ardoise !

Il est dit que les mots s’envolent et les écrits restent. Tout est affaire de plume.
Lorsque nous vient l’envie d’écrire, qu’importe alors l’élégance et la tournure,
et ne vaut-il pas mieux jeter l’encre plutôt que risquer de voir ses rêves sombrer dans le noir ?
L’envie me donne des ailes et je persiste à me passionner pour tout ce que je fais.
Cela m’a offert quelques petits succès à la volée, quelques encouragements enivrants,
mais je garde les pieds sur terre car je sais parfaitement qu’une hirondelle ne fait pas le printemps.

Qui n’a pas vainement tenté de résoudre le casse-tête le plus célèbre de la planète ?
Si j’ai réussi une fois je ne parviens désormais plus à accomplir la prouesse.
J’ai bien essayé de me creuser la tête mais j’ai eu un trou.
De verte de rage à rouge de honte, j’ai fini par renoncer, et j’ai très vite retrouvé mes propres couleurs.
Mais je dois bien reconnaître que j’ai perdu la face.


“La couleur surtout et peut-être plus encore que le dessin est une libération.”Henri Matisse


ColoreLes innocents

Dis moi ce que tu manges

16 novembre 2020


Je ne suis pas un cordon bleu mais j’aime beaucoup être aux fourneaux,
et n’étant pas Loiseau, loin s’en faut, je ne mange pas vraiment comme un moineau.
On ne peut pas dire que je sois menue, aussi il serait bon que je me mette au vert.
Mais dès que que je parle de jeûne, il faut que je remette le couvert.
Lorsque j’ai un petit creux, j’attends le trou normand et
Parfois je mange comme quatre, en deux temps trois mouvements.
Alors avant de manger mes mots je vais être raisonnable,
J’ai des choses à vous raconter, il est temps de passer à table.


C’est une jolie contradiction, dans ma cuisine je vis ravie.
Je trouve plus de légèreté où s’amoncèlent les calories.
Qu’importe la matière grasse, je fais mitonner matin et soir,
c’est une façon de mettre un peu de beurre dans mes épinards.
Parfois j’en ai ras-le-bol quand je ne suis pas dans mon assiette,
Chagrine, je regagne ma cuisine, et là je chante à tue-tête,
Je chante comme une casserole mais j’ai un joli coup de fourchette.
Voilà, j’ai du pain sur la planche pourtant je n’en perds pas une miette.

Il arrive que l’ennui s’invite dans notre train de vie de nantis,
Alors que les frigos sont moins remplis que les armoires à pharmacie.
J’ai un ami Insupportable qui me Téléphone sans arrêt,
Il parvient à garder la ligne bien que toujours très occupé.
Il me dit que son père ne dort plus sans prendre ses calmants
et que sa mère ne travaille plus sans ses excitants.
Pardonnez-moi si je vous dis que la pilule est amère,
Être heureux et vivre mieux serait-il si pénible à faire ?
Vivons sans l’ordonnance de ces traitements qui nous dépossèdent,
Soyons indépendants et aux grands maux SANS les grands remèdes.

Il est dit qu’une grande partie de la planète cherche, en vain, à se nourrir,
Alors que de l’autre côté on peine à moins manger seulement pour maigrir.
Il semblerait que quelque chose cloche.
La faim du monde, ébauche et débauche.
Deux poids deux mesures, pesant comme un monde à double régime,
la guerre de masse que l’on montre du doigt quand la maigreur désigne le sublime.
Planète à deux vitesses qui balance entre poids et contre-poids tarés,
Seulement faut-il avoir pitié de l’envie ou bien faire envie que pitié.
Une entité mondiale avec un gros poids sur l’estomac et un tout petit pois comme intellect.
Apprendre à considérer chaque bouchée comme un luxe, assis du bon côté de l’assiette.

A travers la grille qu’il nous est défendu de franchir,
sommeillent et veillent les plats interdits, tous les mets à fuir.
Lipides, glucides, protéines et autres nutriments majeurs
Sont comptés, répertoriés et soumis au calculateurs.
Lors de diners d’exceptions parmi nos Visiteurs ravis,
Ne jamais baisser la garde et que trépasse si je faiblis.
Malgré tout, rappelons nous que la faiblesse n’épargne personne,
Nous avons déjà bravé l’interdit et finalement croqué la pomme.

Lorsqu’on a la chance de vivre comme un coq en pâte,
on aime se soigner, bien manger, alors on se gâte.
Il faut prendre soin de faire de bons choix raisonnés,
Et de bien contrôler tout ce que l’on va manger.
Avant de le précipiter au fond du panier,
Savoir veiller au grain et tout décortiquer.
En somme, je dirais qu’il faut marcher sur des œufs,
Afin d’éviter un incident trop fâcheux.
Il faut vivre chaque jour sans savoir à quelle sauce on va être mangé,
Puissions-nous prendre le bouillon sans perdre quelques plumes à la volée.


« Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. » – Molière/Socrate

Papa Mambo (On est foutu on mange trop !) – Alain Souchon

Garde la pose

9 novembre 2020


D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu l’esprit de contradiction,
ce qui me pousse à chercher une opposition systématique en toute chose, un peu comme envisager le négatif avant l’image elle-même.
Être objectif en tout sens, c’est peut-être cela le vrai de la photographie.
Et si elle est ma passion première, il se trouve que j’aime aussi écrire, mettre chaque mot en lumière, trouver la bonne définition et finir mes phrases en mise au point final.
Entre les mots et la photo, et de mon plus simple point de vue, je vais tenter ici de développer.


A ceux qui ont eu la chance de s’essayer à la photographie argentique, vous comprendrez pourquoi cela est très révélateur.
En tout point négatif nous pouvons trouver de l’intérêt, bien que parfois les couleurs trichent un peu et jouent sur la sensibilité, poussant jusqu’à nous mettre à rude épreuve.
Une drôle d’impression à laquelle nous nous exposons à chaque fois que l’on a quelqu’un dans le collimateur.

Un résultat négatif qui me réjouit

Bien qu’utile dans certains cas, je n’aime pas le mot trace, cela me semble comme une tâche.
Bien entendu, je pense ici à celle que l’on suit et non à celle que l’on essuie.
Il y a donc des traces que l’on veut garder, des souvenirs vivants, des mouvements immobiles, de la mémoire vive.
Une photographie, une petite goutte de temps volé, un arrêt sur image,
un évènement anodin qui prend tout son sens affectif sous la forme d’un souvenir agréable et rassurant, dans un joli cadre sur un mur ou sur le bord d’une cheminée.

Pose photo et pause café

C’est un peu tiré par les cheveux, mais la pellicule pourrait bel et bien être l’ancêtre de notre indispensable carte mémoire.
Mettez-vous bien cela dans la tête !
Symbole de l’univers photographique et cinématographique, elle se développe par des traitements argentiques.
Cette époque dépassée n’a plus guère à dépenser : Fallait-il à l’age de bronze, rouler sur l’or pour ces petits rouleaux d’argents.

C’est un peu tiré par les cheveux que d’affirmer que la pellicule est obsolète

Je tentais une mise en abyme à l’aide de mes précieux appareils, lorsque mon chat est arrivé pile poil.
A la réflexion, chaque artiste n’appose t’il pas sa propre griffe ?
Par reflex, j’ai laissé s’installer le modèle qui, prenant déjà la pose, restait sage comme une image.
Et si je me dispensais d’un travail chromatique ennuyeux ?
La gestion de la balance des couleurs n’a pas fait le poids, j’ai penché pour la monochromie afin de rompre la monotonie.
Cela m’est apparu tout à fait évident , ce sera une photographie en noir et blanc.

Sage comme une image

Photographier, c’est une attitude, une façon d’être, une manière de vivre.Henri Cartier-Bresson

Paul Simon – Kodachrome

Les sens en éveil

3 novembre 2020


Dans le tumulte actuel de nos vies où règne un grand désordre, tout est sens dessus dessous.
Qu’il soit propre, pratique ou figuré je me fie et confie à mon sixième sens
l’envie de pousser à son paroxysme le plaisir des cinq autres.
Pour ne pas aller dans le mauvais je m’arme de bon sens, mais c’est bien sur !


La mémoire d’une saveur gustative est probablement la plus vivante, forte et indélébile.
Lorsque notre palais met en surbrillance un récit de notre passé c’est la renaissance du souvenir qui nous remplit de joie.
Marcel n’a t’il pas magnifiquement conté l’histoire de la madeleine de son enfance,
dont le goût retrouvé bien plus tard le replonge dans sa jeunesse ?
Moi j’ai choisi la pomme, je n’ai pas de Madeleine, mais la prochaine fois je vous apporterai des bonbons…

Une caresse, un frôlement, un effleurement, je connais tout sur le bout des doigts…
Si je touche du bois, j’espère que j’aurai la chance de sentir son essence, de deviner sa peau
et sans prendre de gants bien sur, cela ne m’a pas effleuré l’esprit.
Quand enfin, par le seul échange tactile, je parviens à le redessiner, à le voir, je ne touche plus terre.
C’est une grande révolution, oserais-je dire une déclaration des doigts de l’homme.

J’aime bien fourrer mon nez partout.
Cela ne plait pas toujours et il arrive que l’on m’envoie sur les roses !
Tant mieux, j’en respire leur bouquet à plein nez !
Je veux respirer la joie de vivre, flairer les bonnes affaires, me mettre au parfum et surtout voir plus loin que le bout de mon nez !

Qu’importe la valeur ou le nombre l’Ouïe est le roi des sens !
Je les imagine déjà ceux qui ne l’entendent pas de cette oreille et qui s’empresseraient bien de venir tirer les miennes.
Mais ne nous emportons pas, c’est beaucoup trop de bruit pour rien et sachons entendre raison.
Empoignons marteau, enclume et étrier et essayons de nous forger l’oreille absolue !

Il y a tant de belles choses autour de nous.
Certainement trop pour nous qui ne les percevons pas. Nous ne faisons qu’entrevoir.
Trop nourris par tant de beauté, nous avons les yeux plus gros que le ventre.
A la fin du jour, il m’arrive de m’étonner alors que j’assemble les images que j’ai vu défiler. Rien dans le tableau n’a vraiment de sens.
Je n’ai pas pris le temps d’observer, de contempler ou discerner les détails de mon quotidien.
Ne marchez plus à l’aveuglette, voyez ! regardez !
Cela ne coute rien d’essayer, pas plus que les yeux de la tête…
Je ne fais que conseiller, je ne me permettrais pas de vous policer, c’est une simple mise en garde… à vue.


Les 5 sens – Grand Corps Malade

Les mains dans la terre

28 septembre 2020


Petite-fille de paysans, je suis fière de mes origines.
Voir mes grand-parents travailler les mains dans le sol m’a appris à garder les pieds sur terre.
Entre labour et labeur, j’ai des histoires à raconter à la pelle,
mais il va falloir que je pioche parmi les meilleures.

Les histoires aussi se ramassent à la pelle

Curieusement, c’est lorsque l’on a la main verte que l’on a le plus souvent les ongles noirs.
Parfois, alors que je jardine, je regarde les rangées de terre grasse sous mes ongles et les sillons colorés de mes doigts, cela me donne le sourire.
Je pense aux mains de ma grand mère, elle qui n’avait de cesse de mettre la main à la pioche.
Finalement la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre…

Le fruit du labeur

Il faut attendre les semailles et les moissons pour espérer découvrir le blé en herbe.
La culture n’est pas chose aisée.
Raisins de la colère ou fleurs du mal, sachez que pour faire prendre racine
il ne faut jamais bayer aux corneilles et toujours savoir tirer l’eau de la fontaine.
Finalement, après le blé nous pourrions planter des radis, mais saurions nous choisir entre le rouge et le noir ?

Les épis blonds dansent sous le soleil

Du pain, du vin, du fromage.
Heureux qui a du pain sur la planche et n’est pas contraint de mettre de l’eau dans son vin.
Un frugal déjeuner après l’effort, le pain fermement pétri échange des saveurs parfumées avec le vin au tanin expressif.
Mais inutile d’en faire tout un fromage d’autant que cela me rendrait chèvre !

Un bon réconfort après l’effort

Aujourd’hui, lorsque je croise sur mon chemin de vieilles fermes abandonnées,
il me semble entendre les murs raconter la vie de ceux qui y ont vécu durant des décennies.
Je pense à l’histoire de ma grand-mère,
je pense aussi à celles contées par son frère, mon grand-oncle écrivain Paul Vezinet,
dont l’un des derniers romans porte un regard sur 150 ans de vie cévenole.

Les murs nous chuchotent des histoires

« Les paysans sont sans cesse au travail et c’est un mot qu’ils n’utilisent jamais. »
Anton Tchekhov

****

Résumé du livre « Au pied de l’Aigoual », Paul Vezinet

****

Le Loir-et-Cher, Michel Delpech

La beauté subjective

14 septembre 2020



Je partage avec vous aujourd’hui ces quelques photos un peu particulières.
J’ai toujours clamé que la beauté n’est que subjective.
Elle fait appel à notre sensibilité personnelle, nos propres goûts, aussi liés à notre vécu.
Ainsi un objet même des plus anodins, un objet banal, peut présenter autant d’intérêt que tout autre sujet,
avec un peu moins d’esthétisme mais peut-être plus de sens.
En voici quelques exemples.

Il nous arrive d’oublier de nous concentrer sur le cours de nos existences,
alors que s’exposent devant nous les valeurs de notre propre vie et leur sens.
Notre esprit s’éparpille et s’enfuit vers la paille des autres sans grande importance.
Nous nous évadons vers le superficiel délaissant l’essentiel, notre substance.
Sous couvert de philosopher sur la perspective de la vie sans complaisance,
je n’y suis pas allée avec le dos de la cuillère, c’est une évidence.

C’est un fait, les idées les plus brillantes sont souvent les plus spontanées.
Pourquoi toujours gaspiller son énergie à vouloir tout compliquer ?
Nul besoin d’être une lumière pour emprunter le chemin le plus court.
Sans abuser de nos ressources qui se tarissent un peu plus chaque jour,
le soleil subvient souvent à mes besoins par sa chaleur que je savoure.

Qui n’a jamais joué au jeu des nuages qui se dessinent dans le ciel ?
L’imagination s’envole vers ses blanches barba-papas comme réelles.
Tel un défi lancé j’accepte de jouer avec le feu qui me guette.
Il me provoque de son regard de braise pour que je craque l’allumette.
La flamme s’anime et s’amuse en dansant dans le souffle du vent joyeux,
l’ambiance est heureuse sous les crépitements, nous avons ri tous les deux.

Lorsque j’ai eu besoin de l’argent que j’avais durement amassé,
Mon affable banquier m’a appris que mon épargne était gelée.
Je l’ai invectivé, cet argent que j’ai mis de coté est à moi !
Il m’a répondu de façon assez gauche qu’il avait tous les droits.
Pour briser la glace j’ai décidé de prendre un peu de recul,
D’ici quelques temps j’aurai une avance sur mon petit pécule.

J’aime bien utiliser un verre d’eau pour mettre des images sur mes mots.
Lorsque mes réflexions bouleversent les reflets de mes photos.
C’est ainsi que j’ai appris que l’on pouvait manipuler les éléments.
Certains diront que c’est tricher moi je préfère parler d’ajustement.
Quand parfois se renverse la vie et que tout est bouleversé,
Il faut apprendre à inverser nos pensées pour regarder par le bon côté.

Cette photo s’appellerait-elle La maison ou bien Les livres ?
En tout cas un endroit à la page où il fait bon vivre.
Bâtie sur manuel, du sol au plafond s’entassent des pavés lourds.
De la main-d’œuvre littéraire qui cimente les grandes histoires d’amour.

« La beauté est dans les yeux de celui qui regarde. »Oscar Wilde

Des gens dans la rue

6 septembre 2020


C’était il y a quelques années dans les rues de Montpellier.
Quelques artistes de rue, des sourires, des gens esseulés.
Et puis il y a moi, de l’autre côté de la scène.
Moi, la spectatrice qui s’émeut, qui sourit, qui a de la peine.
Moi qui tente de figer ces instants pour ne pas oublier.
C’était il y a presque 10 ans, où sont-ils ces gens que j’ai croisés…

L’homme de la liberté, comme j’aime à l’appeler.
Il était comme un penseur, une statue figée, privé de tout mouvement, sans la moindre liberté.
Les passants autour de lui ont bien essayé de le déconcentrer. Mais imperturbable et impassible, l’homme-statue n’a jamais bougé.
J’ai mis une petite pièce dans son chapeau modeste. Finalement c’est moi qui ai fait un petit geste.

De chair et d’os

Au détour d’une rue j’ai croisé ce couple qui m’a poliment demandé un peu de monnaie.
J’ai eu l’audace de leur proposer en retour d’accepter de poser.
Ils m’ont offert un sourire en échange de bon procédé.
Je suis repartie bien plus riche qu’avant d’arriver.

Garder le sourire

Le visage de la dame au fauteuil s’est illuminé à la vue de ce petit chien tout agité.
Ainsi, de simples rencontres nous rappellent que le bonheur est souvent à notre portée
et qu’il nous faut nous adapter, quelles que soient nos vies et nos réalités.
Si tu veux une pomme va la chercher…
Si la pomme est trop haute, prends un bâton.
Si la pomme est abîmée, ne mange que le bon côté.
Si elle n’est pas mûre, sois patient.
Si elle l’est trop, fais-en de l’engrais.

Se souvenir des belles choses

Cet homme endormi au coin de cette rue,
n’avait probablement pas aperçu la flèche qui pointait vers lui.
Cette invitation à rejoindre son triste club, moquerie de la vie et triste ironie.
Le club des gens probablement trop seuls, auquel évidemment personne n’accepte d’adhérer.
Un espoir de vie trompé, une carte d’infidélité.

Rejoignez notre club

Que je fus frappée par le son de la scie musicale, elle vous emporte l’âme.
C’était à couper le souffle et très vite je tombais sous le charme.
Entre deux morceaux le saltimbanque tournais lentement sa manivelle,
L’orgue de barbarie entonnait alors une nouvelle ritournelle.

La scie bémol

Ma pensée au moment où ce cliché a été pris : où est cette femme sur la photo et que fait-elle à cet instant précis ?
Pendant que lui traque son prochain repas, le boire et le manger qu’il lui faudra trouver,
la belle ne sait surement pas qu’elle le foule à ses pieds.
C’est cette étrange idée qui me fait songer non sans indifférence au curieux déséquilibre de la vie.
Un jour on danse quand l’autre plie, un jour on pleure quand d’autres rient.

La belle et la bête

L’étrange homme-tortue paraissait courir deux lièvres à la fois.
Alléger son paquetage pour pouvoir avancer. Fouiller dans les parages et trouver d’autres objets.
Cette cigale là a déchanté tout l’été. C’est à pas de fourmis qu’elle tentera d’avancer.
S’il est gueux comme un rat d’église, dans les villes ou dans les champs, on espère qu’enfin aujourd’hui la vie lui sourit.

Ma maison sur mon dos

Qu’il est bon et joyeux l’air d’accordéon, lointain souvenir du mariage de l’oncle Léon.
En attendant ce tramway que je nommais vraiment désir, j’ai écouté ces notes avec le plus grand des plaisirs.
J’ai aimé ce contraste temporel porté par cette musique d’une époque ancienne,
dans un décor d’un tout autre temps, animé, urbain et moderne.

“Une rue, c’est ce qui va quelque part. Ça marche de chaque côté de nous comme une procession.”Paul Claudel

Thé ou Café

31 août 2020


C’est un fait, je n’ai pas inventé l’eau chaude et je n’ai pas la science infuse.
Saurais-je alors me préparer une tasse de thé dont je raffole et abuse ?
Sans prendre tout au pied de la lettre, j’aime le Thé.
Qu’il est heureux le moment d’une tasse parfumée.
Je frémis de bien-être tandis que l’eau en fait autant,
je choisis le parfum, ce sera noir, vert ou blanc.
Alors que je plonge mon thé dans le liquide brûlant,
mon sucre coule au fond et se répand doucement.
J’arrose d’un filet de citron et je brasse lentement.
Je nage dans le bonheur, je suis prête à boire la tasse, tout simplement.

Le thé, un Bref moment de tranquillité sans pépin

Il y a tellement de façons de choisir son café…
Un café sur le pouce quand on vous met à l’index.
Un petit café court quand on trouve le temps long.
Un grand café noir pour combler un blanc.
Un café instantané quand on veut prendre son temps.
Un café allongé pour pouvoir se lever.
Un café au lait quand tout va de mal en pis.
Un café en grain quand on est moulu.
Il y en a bien d’autres mais j’ai préféré filtrer,
En abuser serait un peu fort de café !

Un petit grain de folie dans mon café !

Un jour de grisaille, comme dans un vieux film en noir et blanc,
une blonde impassible attend patiemment son amant.
Pensive devant son café dans ce vieil estaminet,
rougissant secrètement de leur cinq-à-sept éhonté.
Imaginant leur tête-à-tête elle boit du petit lait.
L’amour est-il soluble consommé à la dérobée ?
L’homme fort et robuste entrera par la porte d’alcôve,
Langoureusement ils s’en iront prendre le café du pauvre.

Café noir pour nuits blanches

Si je vous dis que j’ai un grain me croirez-vous ?
J’ai un grain de beauté, une petite coquetterie.
Cela rend un peu jolie alors parfois je fais mouche.
Quelquefois j’ai aussi un petit grain de folie,
Vent de fantaisie qui me donne le sourire à la bouche.
Si quelque chose d’audacieux et de curieux m’interpelle,
Je m’en mêle et j’adore mettre mon petit grain de sel.
Disserter sur le café, qu’il soit en grain ou en poudre,
Fut un exercice qui m’a donné du grain à moudre.

Être sure que le café est toujours prêt, je veille au grain

Certains diront : Tempête dans une tasse de thé !
La philosophie du thé est ainsi jugée,
parfois méconnue ou simplement ignorée.
Il s’agit là d’un rituel voire d’une cérémonie,
une hygiène, un exercice, une précise géométrie.
A son usage est lié le culte de l’imparfait,
un art appliqué pour accomplir méthodiquement,
ce geste simple mais organisé et apaisant.

Les feuilles de thé nous déroulent leur tapis d’arômes

« Le café est un breuvage qui fait dormir quand on en prend pas. »Alphonse Allais

C’est au crépuscule de sa journée qu’il est temps pour le soleil d’aller se coucher.Solennellement, il revêt sa chemise de nuit étoilée, constellée d’astres scintillants et dorés, et se glisse lentement dans ses beaux draps d’horizon renversé.Abrité sous son ciel de lit en ruban lacté, il compte les moutons qui disparaissent dans le noir, obéissant …

Lire la suite