La Prose Photo

Des histoires de photos, des poses et quelques mots

Du vent dans les arbres

30 novembre 2020


Bonne nouvelle ! Il semble que Noël parvient à se frayer un chemin ; certes escarpé et semé d’embûches, mais il se dirige droit vers nous !
À l’heure ou petits et grands sapins s’apprêtent à envahir nos maisons, c’est l’esprit de famille qui domine
et c’est pourquoi je vous propose une petite balade en forêt, berceau familiale de notre arbre de Noël préféré.
Avec un peu de chance vous allez même apprendre une chose ou deux, on touche du bois !


En rangs bien droits comme des écoliers, les bouleaux disciplinés m’accueillent dans leur bois clairsemé aux reflets argentés.
On entendrait presque le froissement des culottes courtes des retardataires pressés, bientôt réprimandés.
Sachez que c’est précisément une baguette de bouleau que les instituteurs utilisaient jadis pour taper sur les doigts des jeunes fautifs.
La punition était suffisamment vive et sévère pour ne point avoir à rappeler de quel bois on se chauffait.
Allez, au boulot !

Le parc de la Bouzaize situé à Beaune en Côte d’Or, regorge d’arbres magnifiques et c’est une population arboricole très diversifiée qui s’offre à nous.
J’allais à pied lorsque j’ai trébuché contre ces énormes pattes. Levant la tête, je vis l’animal.
Il était impressionnant et je ne saurais évaluer la distance du tronc à la cime, mais devant cette immensité je me suis mise à trembler comme une feuille.
Nous sommes restés tous deux plantés là à nous regarder calmement dans une sorte d’échange, sans langue de bois.
Et puis finalement je suis partie, d’un commun accord nous avons décidé que je ne prendrai pas racine.

Avez-vous déjà entendu parler de la Dendrophobie ? Il s’agit de la crainte irrationnelle des arbres.
Bien souvent, cette peur est accrue par l’hylophobie qui désigne plus généralement la phobie des forêts.
Je ne peux m’empêcher de penser que les arbres possèdent eux aussi leur propre phobie,
à commencer par celle du genre humain et, toute proportion gardée, de l’affluence, du bain de foule, de la vague à l’homme.
L’homme, faisant feu de tout bois sous prétexte de se chauffer n’en finit jamais de déterrer la hache de guerre,
mais il ne fera pas long feu s’il épuise les ressources de la terre qui le nourrit.
Il scie la branche sur laquelle il est assis.

Quel grand mystère que celui de la petite graine qui devient un arbre puissant et majestueux.
Miracle de la vie, qu’elle soit humaine, animale ou végétale.
Savez-vous qu’il a été trouvé dans une vieille jarre déterrée en Israël,
un tas de graines âgées de plus de 2000 ans que l’on a ensuite planté.
De ces vieilles graines ont germé des palmiers qui ont poussé et ont donné des dattes,
merveille du calendrier qui égrène parfois sans conséquences les années qui défilent.

J’ai fini par le voir, mon beau sapin roi des forêts !
Aux abords du canal que je parcourais un dimanche ensoleillé,
la vue renversante m’étourdissait et le reflet me faisait miroiter une vue encore cachée, une promesse de l’eau.
Lorsqu’il m’est apparu, j’étais si émerveillée par tant de grâce et de beauté que des étoiles dans mes yeux se sont illuminées,
les clapotis de l’eau se sont mis à scintiller et, assise sous son pied, j’y ai déposé mes souliers.


« Qu’ils déboisaient déboisaient déboisaient, on a trouvé qu’ils abusaient bien sûr, la fin des arbres ou la fin de la terre c’est pas la fin du monde, mais tout de même on s’était habitué. Autrefois les bûcherons avaient des égards pour les arbres, autrefois les bûcherons buvaient à leur santé. » – Arbres (1976) Jacques Prévert


L’arbre va tomberFrancis Cabrel

Ma boite à couleurs

23 novembre 2020


Je fais souvent le même rêve. La vie est un tableau que l’on peint.
Une touche de pinceau sur la toile, un peu chaque jour.
En ce moment l’usage du noir est de rigueur, alors j’ai préparé une palette de couleurs, et tout en nuance,
j’ai tâché d’ajouter de l’éclat ça et là, pour empêcher l’âme de se dégrader.
Tel un retour sur le passé où le moral était bon, un peu comme une machine à remonter le ton.


Lorsque quelque chose me mine, la créativité est mon échappatoire.
Peindre, dessiner, photographier… Tous les moyens sont bons pourvu que je m’esquive dans l’esquisse.
De l’ébauche au croquis, fidèle à la voie que je me suis tracée,
je mets un point d’honneur à être à la hauteur de mes desseins.

Serait-ce exagéré d’affirmer que cette photo là m’a donné bien du fil à retordre ?
Je vous laisse imaginer le soin et l’application que représente toute la mise en scène, j’ai eu du mal à en découdre.
Mais je brode à n’en plus finir !
Je voulais juste que vous compreniez que, là encore, j’ai mis beaucoup de cœur à l’ouvrage.

Une douce nostalgie m’envahit lorsque je vois ces bâtonnets pastels.
Je vous brosse le tableau : dressées sur une partition blanche, des lettres soigneusement tracées à la craie s’affichent fièrement.
Véritable coup de maître, elles sont tantôt rondes, chancelières ou cursives et se dessinent
en grinçant parfois plus que nos oreilles ne peuvent le supporter.
Mais comment ne pas pardonner devant tant de finesse et de beauté…
Allez, on efface l’ardoise !

Il est dit que les mots s’envolent et les écrits restent. Tout est affaire de plume.
Lorsque nous vient l’envie d’écrire, qu’importe alors l’élégance et la tournure,
et ne vaut-il pas mieux jeter l’encre plutôt que risquer de voir ses rêves sombrer dans le noir ?
L’envie me donne des ailes et je persiste à me passionner pour tout ce que je fais.
Cela m’a offert quelques petits succès à la volée, quelques encouragements enivrants,
mais je garde les pieds sur terre car je sais parfaitement qu’une hirondelle ne fait pas le printemps.

Qui n’a pas vainement tenté de résoudre le casse-tête le plus célèbre de la planète ?
Si j’ai réussi une fois je ne parviens désormais plus à accomplir la prouesse.
J’ai bien essayé de me creuser la tête mais j’ai eu un trou.
De verte de rage à rouge de honte, j’ai fini par renoncer, et j’ai très vite retrouvé mes propres couleurs.
Mais je dois bien reconnaître que j’ai perdu la face.


“La couleur surtout et peut-être plus encore que le dessin est une libération.”Henri Matisse


ColoreLes innocents

Dis moi ce que tu manges

16 novembre 2020


Je ne suis pas un cordon bleu mais j’aime beaucoup être aux fourneaux,
et n’étant pas Loiseau, loin s’en faut, je ne mange pas vraiment comme un moineau.
On ne peut pas dire que je sois menue, aussi il serait bon que je me mette au vert.
Mais dès que que je parle de jeûne, il faut que je remette le couvert.
Lorsque j’ai un petit creux, j’attends le trou normand et
Parfois je mange comme quatre, en deux temps trois mouvements.
Alors avant de manger mes mots je vais être raisonnable,
J’ai des choses à vous raconter, il est temps de passer à table.


C’est une jolie contradiction, dans ma cuisine je vis ravie.
Je trouve plus de légèreté où s’amoncèlent les calories.
Qu’importe la matière grasse, je fais mitonner matin et soir,
c’est une façon de mettre un peu de beurre dans mes épinards.
Parfois j’en ai ras-le-bol quand je ne suis pas dans mon assiette,
Chagrine, je regagne ma cuisine, et là je chante à tue-tête,
Je chante comme une casserole mais j’ai un joli coup de fourchette.
Voilà, j’ai du pain sur la planche pourtant je n’en perds pas une miette.

Il arrive que l’ennui s’invite dans notre train de vie de nantis,
Alors que les frigos sont moins remplis que les armoires à pharmacie.
J’ai un ami Insupportable qui me Téléphone sans arrêt,
Il parvient à garder la ligne bien que toujours très occupé.
Il me dit que son père ne dort plus sans prendre ses calmants
et que sa mère ne travaille plus sans ses excitants.
Pardonnez-moi si je vous dis que la pilule est amère,
Être heureux et vivre mieux serait-il si pénible à faire ?
Vivons sans l’ordonnance de ces traitements qui nous dépossèdent,
Soyons indépendants et aux grands maux SANS les grands remèdes.

Il est dit qu’une grande partie de la planète cherche, en vain, à se nourrir,
Alors que de l’autre côté on peine à moins manger seulement pour maigrir.
Il semblerait que quelque chose cloche.
La faim du monde, ébauche et débauche.
Deux poids deux mesures, pesant comme un monde à double régime,
la guerre de masse que l’on montre du doigt quand la maigreur désigne le sublime.
Planète à deux vitesses qui balance entre poids et contre-poids tarés,
Seulement faut-il avoir pitié de l’envie ou bien faire envie que pitié.
Une entité mondiale avec un gros poids sur l’estomac et un tout petit pois comme intellect.
Apprendre à considérer chaque bouchée comme un luxe, assis du bon côté de l’assiette.

A travers la grille qu’il nous est défendu de franchir,
sommeillent et veillent les plats interdits, tous les mets à fuir.
Lipides, glucides, protéines et autres nutriments majeurs
Sont comptés, répertoriés et soumis au calculateurs.
Lors de diners d’exceptions parmi nos Visiteurs ravis,
Ne jamais baisser la garde et que trépasse si je faiblis.
Malgré tout, rappelons nous que la faiblesse n’épargne personne,
Nous avons déjà bravé l’interdit et finalement croqué la pomme.

Lorsqu’on a la chance de vivre comme un coq en pâte,
on aime se soigner, bien manger, alors on se gâte.
Il faut prendre soin de faire de bons choix raisonnés,
Et de bien contrôler tout ce que l’on va manger.
Avant de le précipiter au fond du panier,
Savoir veiller au grain et tout décortiquer.
En somme, je dirais qu’il faut marcher sur des œufs,
Afin d’éviter un incident trop fâcheux.
Il faut vivre chaque jour sans savoir à quelle sauce on va être mangé,
Puissions-nous prendre le bouillon sans perdre quelques plumes à la volée.


« Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. » – Molière/Socrate

Papa Mambo (On est foutu on mange trop !) – Alain Souchon

Garde la pose

9 novembre 2020


D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu l’esprit de contradiction,
ce qui me pousse à chercher une opposition systématique en toute chose, un peu comme envisager le négatif avant l’image elle-même.
Être objectif en tout sens, c’est peut-être cela le vrai de la photographie.
Et si elle est ma passion première, il se trouve que j’aime aussi écrire, mettre chaque mot en lumière, trouver la bonne définition et finir mes phrases en mise au point final.
Entre les mots et la photo, et de mon plus simple point de vue, je vais tenter ici de développer.


A ceux qui ont eu la chance de s’essayer à la photographie argentique, vous comprendrez pourquoi cela est très révélateur.
En tout point négatif nous pouvons trouver de l’intérêt, bien que parfois les couleurs trichent un peu et jouent sur la sensibilité, poussant jusqu’à nous mettre à rude épreuve.
Une drôle d’impression à laquelle nous nous exposons à chaque fois que l’on a quelqu’un dans le collimateur.

Un résultat négatif qui me réjouit

Bien qu’utile dans certains cas, je n’aime pas le mot trace, cela me semble comme une tâche.
Bien entendu, je pense ici à celle que l’on suit et non à celle que l’on essuie.
Il y a donc des traces que l’on veut garder, des souvenirs vivants, des mouvements immobiles, de la mémoire vive.
Une photographie, une petite goutte de temps volé, un arrêt sur image,
un évènement anodin qui prend tout son sens affectif sous la forme d’un souvenir agréable et rassurant, dans un joli cadre sur un mur ou sur le bord d’une cheminée.

Pose photo et pause café

C’est un peu tiré par les cheveux, mais la pellicule pourrait bel et bien être l’ancêtre de notre indispensable carte mémoire.
Mettez-vous bien cela dans la tête !
Symbole de l’univers photographique et cinématographique, elle se développe par des traitements argentiques.
Cette époque dépassée n’a plus guère à dépenser : Fallait-il à l’age de bronze, rouler sur l’or pour ces petits rouleaux d’argents.

C’est un peu tiré par les cheveux que d’affirmer que la pellicule est obsolète

Je tentais une mise en abyme à l’aide de mes précieux appareils, lorsque mon chat est arrivé pile poil.
A la réflexion, chaque artiste n’appose t’il pas sa propre griffe ?
Par reflex, j’ai laissé s’installer le modèle qui, prenant déjà la pose, restait sage comme une image.
Et si je me dispensais d’un travail chromatique ennuyeux ?
La gestion de la balance des couleurs n’a pas fait le poids, j’ai penché pour la monochromie afin de rompre la monotonie.
Cela m’est apparu tout à fait évident , ce sera une photographie en noir et blanc.

Sage comme une image

Photographier, c’est une attitude, une façon d’être, une manière de vivre.Henri Cartier-Bresson

Paul Simon – Kodachrome

Les sens en éveil

3 novembre 2020


Dans le tumulte actuel de nos vies où règne un grand désordre, tout est sens dessus dessous.
Qu’il soit propre, pratique ou figuré je me fie et confie à mon sixième sens
l’envie de pousser à son paroxysme le plaisir des cinq autres.
Pour ne pas aller dans le mauvais je m’arme de bon sens, mais c’est bien sur !


La mémoire d’une saveur gustative est probablement la plus vivante, forte et indélébile.
Lorsque notre palais met en surbrillance un récit de notre passé c’est la renaissance du souvenir qui nous remplit de joie.
Marcel n’a t’il pas magnifiquement conté l’histoire de la madeleine de son enfance,
dont le goût retrouvé bien plus tard le replonge dans sa jeunesse ?
Moi j’ai choisi la pomme, je n’ai pas de Madeleine, mais la prochaine fois je vous apporterai des bonbons…

Une caresse, un frôlement, un effleurement, je connais tout sur le bout des doigts…
Si je touche du bois, j’espère que j’aurai la chance de sentir son essence, de deviner sa peau
et sans prendre de gants bien sur, cela ne m’a pas effleuré l’esprit.
Quand enfin, par le seul échange tactile, je parviens à le redessiner, à le voir, je ne touche plus terre.
C’est une grande révolution, oserais-je dire une déclaration des doigts de l’homme.

J’aime bien fourrer mon nez partout.
Cela ne plait pas toujours et il arrive que l’on m’envoie sur les roses !
Tant mieux, j’en respire leur bouquet à plein nez !
Je veux respirer la joie de vivre, flairer les bonnes affaires, me mettre au parfum et surtout voir plus loin que le bout de mon nez !

Qu’importe la valeur ou le nombre l’Ouïe est le roi des sens !
Je les imagine déjà ceux qui ne l’entendent pas de cette oreille et qui s’empresseraient bien de venir tirer les miennes.
Mais ne nous emportons pas, c’est beaucoup trop de bruit pour rien et sachons entendre raison.
Empoignons marteau, enclume et étrier et essayons de nous forger l’oreille absolue !

Il y a tant de belles choses autour de nous.
Certainement trop pour nous qui ne les percevons pas. Nous ne faisons qu’entrevoir.
Trop nourris par tant de beauté, nous avons les yeux plus gros que le ventre.
A la fin du jour, il m’arrive de m’étonner alors que j’assemble les images que j’ai vu défiler. Rien dans le tableau n’a vraiment de sens.
Je n’ai pas pris le temps d’observer, de contempler ou discerner les détails de mon quotidien.
Ne marchez plus à l’aveuglette, voyez ! regardez !
Cela ne coute rien d’essayer, pas plus que les yeux de la tête…
Je ne fais que conseiller, je ne me permettrais pas de vous policer, c’est une simple mise en garde… à vue.


Les 5 sens – Grand Corps Malade