La Prose Photo

Des histoires de photos, des poses et quelques mots

Les mains dans la terre

28 septembre 2020


Petite-fille de paysans, je suis fière de mes origines.
Voir mes grand-parents travailler les mains dans le sol m’a appris à garder les pieds sur terre.
Entre labour et labeur, j’ai des histoires à raconter à la pelle,
mais il va falloir que je pioche parmi les meilleures.

Les histoires aussi se ramassent à la pelle

Curieusement, c’est lorsque l’on a la main verte que l’on a le plus souvent les ongles noirs.
Parfois, alors que je jardine, je regarde les rangées de terre grasse sous mes ongles et les sillons colorés de mes doigts, cela me donne le sourire.
Je pense aux mains de ma grand mère, elle qui n’avait de cesse de mettre la main à la pioche.
Finalement la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre…

Le fruit du labeur

Il faut attendre les semailles et les moissons pour espérer découvrir le blé en herbe.
La culture n’est pas chose aisée.
Raisins de la colère ou fleurs du mal, sachez que pour faire prendre racine
il ne faut jamais bayer aux corneilles et toujours savoir tirer l’eau de la fontaine.
Finalement, après le blé nous pourrions planter des radis, mais saurions nous choisir entre le rouge et le noir ?

Les épis blonds dansent sous le soleil

Du pain, du vin, du fromage.
Heureux qui a du pain sur la planche et n’est pas contraint de mettre de l’eau dans son vin.
Un frugal déjeuner après l’effort, le pain fermement pétri échange des saveurs parfumées avec le vin au tanin expressif.
Mais inutile d’en faire tout un fromage d’autant que cela me rendrait chèvre !

Un bon réconfort après l’effort

Aujourd’hui, lorsque je croise sur mon chemin de vieilles fermes abandonnées,
il me semble entendre les murs raconter la vie de ceux qui y ont vécu durant des décennies.
Je pense à l’histoire de ma grand-mère,
je pense aussi à celles contées par son frère, mon grand-oncle écrivain Paul Vezinet,
dont l’un des derniers romans porte un regard sur 150 ans de vie cévenole.

Les murs nous chuchotent des histoires

« Les paysans sont sans cesse au travail et c’est un mot qu’ils n’utilisent jamais. »
Anton Tchekhov

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Résumé du livre « Au pied de l’Aigoual », Paul Vezinet

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Le Loir-et-Cher, Michel Delpech

La beauté subjective

14 septembre 2020



Je partage avec vous aujourd’hui ces quelques photos un peu particulières.
J’ai toujours clamé que la beauté n’est que subjective.
Elle fait appel à notre sensibilité personnelle, nos propres goûts, aussi liés à notre vécu.
Ainsi un objet même des plus anodins, un objet banal, peut présenter autant d’intérêt que tout autre sujet,
avec un peu moins d’esthétisme mais peut-être plus de sens.
En voici quelques exemples.

Il nous arrive d’oublier de nous concentrer sur le cours de nos existences,
alors que s’exposent devant nous les valeurs de notre propre vie et leur sens.
Notre esprit s’éparpille et s’enfuit vers la paille des autres sans grande importance.
Nous nous évadons vers le superficiel délaissant l’essentiel, notre substance.
Sous couvert de philosopher sur la perspective de la vie sans complaisance,
je n’y suis pas allée avec le dos de la cuillère, c’est une évidence.

C’est un fait, les idées les plus brillantes sont souvent les plus spontanées.
Pourquoi toujours gaspiller son énergie à vouloir tout compliquer ?
Nul besoin d’être une lumière pour emprunter le chemin le plus court.
Sans abuser de nos ressources qui se tarissent un peu plus chaque jour,
le soleil subvient souvent à mes besoins par sa chaleur que je savoure.

Qui n’a jamais joué au jeu des nuages qui se dessinent dans le ciel ?
L’imagination s’envole vers ses blanches barba-papas comme réelles.
Tel un défi lancé j’accepte de jouer avec le feu qui me guette.
Il me provoque de son regard de braise pour que je craque l’allumette.
La flamme s’anime et s’amuse en dansant dans le souffle du vent joyeux,
l’ambiance est heureuse sous les crépitements, nous avons ri tous les deux.

Lorsque j’ai eu besoin de l’argent que j’avais durement amassé,
Mon affable banquier m’a appris que mon épargne était gelée.
Je l’ai invectivé, cet argent que j’ai mis de coté est à moi !
Il m’a répondu de façon assez gauche qu’il avait tous les droits.
Pour briser la glace j’ai décidé de prendre un peu de recul,
D’ici quelques temps j’aurai une avance sur mon petit pécule.

J’aime bien utiliser un verre d’eau pour mettre des images sur mes mots.
Lorsque mes réflexions bouleversent les reflets de mes photos.
C’est ainsi que j’ai appris que l’on pouvait manipuler les éléments.
Certains diront que c’est tricher moi je préfère parler d’ajustement.
Quand parfois se renverse la vie et que tout est bouleversé,
Il faut apprendre à inverser nos pensées pour regarder par le bon côté.

Cette photo s’appellerait-elle La maison ou bien Les livres ?
En tout cas un endroit à la page où il fait bon vivre.
Bâtie sur manuel, du sol au plafond s’entassent des pavés lourds.
De la main-d’œuvre littéraire qui cimente les grandes histoires d’amour.

« La beauté est dans les yeux de celui qui regarde. »Oscar Wilde

Des gens dans la rue

6 septembre 2020


C’était il y a quelques années dans les rues de Montpellier.
Quelques artistes de rue, des sourires, des gens esseulés.
Et puis il y a moi, de l’autre côté de la scène.
Moi, la spectatrice qui s’émeut, qui sourit, qui a de la peine.
Moi qui tente de figer ces instants pour ne pas oublier.
C’était il y a presque 10 ans, où sont-ils ces gens que j’ai croisés…

L’homme de la liberté, comme j’aime à l’appeler.
Il était comme un penseur, une statue figée, privé de tout mouvement, sans la moindre liberté.
Les passants autour de lui ont bien essayé de le déconcentrer. Mais imperturbable et impassible, l’homme-statue n’a jamais bougé.
J’ai mis une petite pièce dans son chapeau modeste. Finalement c’est moi qui ai fait un petit geste.

De chair et d’os

Au détour d’une rue j’ai croisé ce couple qui m’a poliment demandé un peu de monnaie.
J’ai eu l’audace de leur proposer en retour d’accepter de poser.
Ils m’ont offert un sourire en échange de bon procédé.
Je suis repartie bien plus riche qu’avant d’arriver.

Garder le sourire

Le visage de la dame au fauteuil s’est illuminé à la vue de ce petit chien tout agité.
Ainsi, de simples rencontres nous rappellent que le bonheur est souvent à notre portée
et qu’il nous faut nous adapter, quelles que soient nos vies et nos réalités.
Si tu veux une pomme va la chercher…
Si la pomme est trop haute, prends un bâton.
Si la pomme est abîmée, ne mange que le bon côté.
Si elle n’est pas mûre, sois patient.
Si elle l’est trop, fais-en de l’engrais.

Se souvenir des belles choses

Cet homme endormi au coin de cette rue,
n’avait probablement pas aperçu la flèche qui pointait vers lui.
Cette invitation à rejoindre son triste club, moquerie de la vie et triste ironie.
Le club des gens probablement trop seuls, auquel évidemment personne n’accepte d’adhérer.
Un espoir de vie trompé, une carte d’infidélité.

Rejoignez notre club

Que je fus frappée par le son de la scie musicale, elle vous emporte l’âme.
C’était à couper le souffle et très vite je tombais sous le charme.
Entre deux morceaux le saltimbanque tournais lentement sa manivelle,
L’orgue de barbarie entonnait alors une nouvelle ritournelle.

La scie bémol

Ma pensée au moment où ce cliché a été pris : où est cette femme sur la photo et que fait-elle à cet instant précis ?
Pendant que lui traque son prochain repas, le boire et le manger qu’il lui faudra trouver,
la belle ne sait surement pas qu’elle le foule à ses pieds.
C’est cette étrange idée qui me fait songer non sans indifférence au curieux déséquilibre de la vie.
Un jour on danse quand l’autre plie, un jour on pleure quand d’autres rient.

La belle et la bête

L’étrange homme-tortue paraissait courir deux lièvres à la fois.
Alléger son paquetage pour pouvoir avancer. Fouiller dans les parages et trouver d’autres objets.
Cette cigale là a déchanté tout l’été. C’est à pas de fourmis qu’elle tentera d’avancer.
S’il est gueux comme un rat d’église, dans les villes ou dans les champs, on espère qu’enfin aujourd’hui la vie lui sourit.

Ma maison sur mon dos

Qu’il est bon et joyeux l’air d’accordéon, lointain souvenir du mariage de l’oncle Léon.
En attendant ce tramway que je nommais vraiment désir, j’ai écouté ces notes avec le plus grand des plaisirs.
J’ai aimé ce contraste temporel porté par cette musique d’une époque ancienne,
dans un décor d’un tout autre temps, animé, urbain et moderne.

“Une rue, c’est ce qui va quelque part. Ça marche de chaque côté de nous comme une procession.”Paul Claudel