La Prose Photo

Des histoires de photos, des poses et quelques mots

Deux mots à vous dire

30 juillet 2020


L’écrivain en manque d’inspiration se met la rate au court-bouillon, de culture, mais quand les mots ne viennent pas glisser sous son encre, il sèche.
En quête de nourriture spirituelle, il dévore les écrits d’autrui qui le mettent en appétit.
Enfin, ivre de connaissance, il lutte tout son soûl contre la page blanche, et c’est un coup dans le nez dont il aura tiré les vers qui lui redonnera le gout de l’épître à l’instar de Baudelaire.
Ces hors-d’œuvre qu’il avalera tout cru puisqu’il ne mâche pas ses mots, quand enfin repu il retrouvera ce qui lui revient : la patte de l’écrivain.

Pour voir la vie en rose il faut avoir la main verte.
Tant pis si sa belle lui en fait voir de toutes les couleurs, quitte à se faire des cheveux blancs, il faut ouvrir son cœur.
Alors à la façon d’un cordon bleu il va lui faire du plat, espérant qu’il n’y ait pas de résistance.
Puis il lui dira les mots que l’on dit avec les yeux, ceux de ce grand monsieur parti vers d’autres cieux. Il lui dira les mots bleus.

Afin de faire pencher la balance je me suis risquée aux gros mots.
Ce n’était pas très fin, désormais je pèse mes mots.
Quelle somme de ces mots peuvent contenir tous ces ouvrages ?
Ils en ont fait des tonnes, ils en ont fait des tomes.
Cependant que le mot « livre » n’est parfois qu’une demi-mesure lorsqu’on y pense, le volume de ses mots cache bien souvent des œuvres lourdes de conséquences.

L’amour épistolaire, très usité naguère, emploie à son apogée le mot « aime » et à son périgée le mot « haine ».
De lettres de noblesses en lettres ou les maux blessent,
il est difficile alors d’aimer sans mot dire.
Nous dirons qu’un amour naissant est plus que parfait, mais qu’à présent déchu il est imparfait.

Les mots qui courent sur le papier n’ont pas toujours bonne presse.
Sa liberté tient-elle à sa plume qui trace les mots qui s’envolent tel le canard parfois plus déchaîné qu’enchaîné ?
C’est un paradoxe : Je lis dans mon journal les nouvelles de la veille qui ne sont donc déjà plus si nouvelles et les actualités pas si actuelles.
A contrario ce que l’on appelle revue n’a encore jamais été lu.
J’ai été vraiment froissée et cela m’a mise en boule, quel renversement de situation ! Il ne m’a pas fait bonne impression.
Mon curieux journal quotidien est écrit dans la langue de Molière,
c’est une feuille de chou qui conte des salades où il n’y a pas un ver.

« Quiconque veut trouver quelques bons mots n’a qu’à dire beaucoup de sottises. » Jean-Jacques Rousseau

L’affaire Tournesol

25 juillet 2020


L’un des grands maîtres de la peinture en a fait un tableau.
C’est impressionnant, si vous tendez bien l’oreille vous entendrez le bruissement de leurs feuilles charnues lorsqu’ils s’offrent au soleil.
Sans jamais perdre le nord, aidée de ma boussole, je veille autant sur le sud au pied des tournesols.

« Tournesols dans un vase » – Vincent Van Gogh

Ainsi, l’artiste a choisi ces hélianthes pour peindre de son vivant sa nature morte.
Rangés dans un vase en terre cuite dans sa chambre couleur pastel,
Que ne les préférait-il en terre crue sur une large aquarelle.
Vive déclinaison de jaunes tel un arc-en-ciel d’agrumes,
comme un soleil de sa naissance jusqu’à un âge qu’on assume.

Les fleurons des tournesols dessinent des spirales qui tournent dans le sens des aiguilles du montre, ou en sens inverse

Si j’osais jouer les notes au pied de ce champs,
Je tournerais le sol au son de ma guitare,
l’instrument bien huilé se donnerait au soir,
Graine de musicienne j’entonnerais un autre chant.

La graine de tournesol, une petite note salée, qui ne coûte pas cher

Merveilleuse source de pollen pour les abeilles, tournées le jour vers le soleil, elles savourent leur lune de miel quand la nuit veille.
Lorsque parfois j’ai le bourdon, j’observe l’insecte entamant en chaîne son tour de piste afin d’aller servir sa petite reine.
Privilégiée, j’assiste à l’offrande de cire à sa majesté.

Le tournesol usine à produire le pollen à ces ouvrières consciencieuses

Riche fleur aux pouvoirs nombreux, son huile de jouvence et précieux soin ad hoc, nous fera rire de nous voir si belle en ce miroir.
C’est ce que nous dirait le Professeur un peu dur de la feuille, de Tournesol bien entendu.
Ainsi s’achève cette aventure animée de jaune d’or,
en image sur ce champs rempli de tant de richesses, en un mot comme en cent :
Mille millions de mille trésors !

Une foule de tournesols un doux matin de juillet

« Réaliser des esquisses revient à planter des graines pour faire pousser des tableaux »Vincent Van Gogh

Dans ces eaux là

18 juillet 2020


Que j’aimerais trouver le temps d’écrire plus. Inutile de faire couler beaucoup d’encre, seulement quelques gouttes, de celles qui ont fait déborder le vase.
Si je ne peux partager cette prose, alors me faut-il me noyer dans un vers ?

Sachez que j’ai beaucoup de pain sur la planche.
Pétrie de doute, je travaille à apprendre toujours, afin d’apporter de l’eau à mon moulin.
Ne jamais baisser la cadence si l’on ne veut pas finir sur la paille ou fauché comme les blés.

Il faut apprendre de ses erreurs si l’on ne veut se retrouver le bec dans l’eau. Mieux vaut un nez sec plutôt qu’un échec.
A coups répétés d’épée dans l’eau on devient vite potiche car tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise.

Je prends un peu de liberté mais sans être oisive, à la vue d’un bon livre voilà que je salive.
Si un copieux roman me met l’eau à la bouche, un livre à l’eau de rose ne me sied ni ne me touche, et je doute que je m’émeuve à la lecture d’un roman fleuve.
N’espérez pas me conter fleurette car cela tomberait à l’eau.

Dans mes pensées je réfléchis, le miroir doré aussi.
Il flotte et partage son reflet avec celui de l’eau claire. Il renvoie mon image et m’annonce aussi sec que l’on se ressemble comme deux gouttes d’eau.
Je le trouve hautain ce miroir sans tain.

Quoi qu’il advienne jamais je ne me décourage, quand la vie parfois tourne à l’orage.
Je ne suis pas née de la dernière pluie, pas de précipitation pour attraper mon parapluie.
Ce n’est pas un petit passage nuageux qui m’empêchera d’obtenir ce que je veux, et je ne jure que par l’espoir de laisser une petite trace de mes mots, même si je sais qu’il ne faut jamais dire : fontaine je ne boirai pas de ton eau.

« Certes, il n’est vraiment pire que l’eau qui dort »Fabre d’Églantine

Dans l’air du temps

9 juillet 2020


Par les temps qui courent nous sommes toujours pressés.
Pris de vitesse dans la course contre la montre.

Mais rattraperons nous le temps pour autant ?
Un brin de sagesse nous inviterait à méditer et réfléchir à ce sujet, à temps perdu…

Sans aucune préméditation, j’ai osé un jour tuer le temps.
Paix à son âme, c’est un temps mort.
Dans l’air de son souvenir encore bien présent,
je me suis dit qu’il avait fait son temps.

A la recherche du temps perdu, j’ai trouvé le temps long, cela m’a prise de court.
Je ne voulais pas y passer des heures alors j’égrainais les minutes espérant être secondée, à la bonne heure.
Je suis en avance sur mon temps et je ne souffre aucun retard,
sans quoi je n’aurais d’autre choix que de remettre les pendules à l’heure, voire à plus tard.

Certains s’évertuent à gagner du temps, reprenant ce dicton familier qui prétend que le temps c’est de l’argent.
L’intérêt n’est-il pas de se payer du bon temps ?
Ainsi, n’en déplaise à ceux qui se croient nantis à tord,
la richesse n’est pas dans le coffre, c’est ça le plus fort.

Le temps passe inexorablement sans que l’on puisse l’arrêter.
A présent que nous savons révolu ce passé,
c’est simple et c’est ainsi qu’il nous faut composer.
Profitons de chaque instant, partageons de bons moments et réalisons que même s’il nous est compté, il faut laisser le temps filer.

« Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard » – Louis Aragon

Il n’y a pas un chat

1 juillet 2020


Je profite d’un moment de tranquillité, pour travailler sur mon ordinateur.
Quand le chat n’est pas là, ma souris danse.

J’ai un chat noir. Le chat noir porte malheur dit-on.
Un tantinet superstitieuse, j’ai voulu rompre la malédiction.
J’ai cherché du trèfle à 4 feuilles, un c’est bien assez,
mais l’insolent félin ne l’a pas épargné et l’a croqué sans ménagement,
et avec toutes ses dents.
De mon trèfle ne me reste que quelques feuilles perforées meurtries, moi qui pensais avoir de la marge, je dois réviser ma copie.

La souplesse légendaire du chat n’est plus à démontrer.
La croyance populaire nous dit que le matou passe sa patte derrière son oreille, lorsque la pluie va arriver.
A ce sujet, je me disais que si j’arrivais à faire pareil,
il devrait forcément neiger.

C’est avec cette agilité que dès potron-minet et jusqu’à la nuit,
ou tous les chats soi-disant gris,
à coup de langue au chat s’adonnent à leur toilette vétilleuse et minutieuse,
alors qu’injustement jugé succinct débarbouillage,
« faire une toilette de chat » se dit selon l’adage.

Si je suis maitre de mes choix, je le suis bien moins de mes chats.
Qualifié d’animal domestique, appelons donc un chat un chat :
Je suis son hôtelier, sa ménagère, son groom, sa cuisinière.
Qui donc est le domestique dans cette affaire ?

En bon maitre que je veux être je soignerai matous,
nulle question ici de chat dans la gorge, rassurez-vous.
Poil soyeux, moustache fière et joli minois,
un seul mot me vient quand je vois mes chats : beauté.