La Prose Photo

Des histoires de photos, des poses et quelques mots

La beauté subjective

14 septembre 2020



Je partage avec vous aujourd’hui ces quelques photos un peu particulières.
J’ai toujours clamé que la beauté n’est que subjective.
Elle fait appel à notre sensibilité personnelle, nos propres goûts, aussi liés à notre vécu.
Ainsi un objet même des plus anodins, un objet banal, peut présenter autant d’intérêt que tout autre sujet,
avec un peu moins d’esthétisme mais peut-être plus de sens.
En voici quelques exemples.

Il nous arrive d’oublier de nous concentrer sur le cours de nos existences,
alors que s’exposent devant nous les valeurs de notre propre vie et leur sens.
Notre esprit s’éparpille et s’enfuit vers la paille des autres sans grande importance.
Nous nous évadons vers le superficiel délaissant l’essentiel, notre substance.
Sous couvert de philosopher sur la perspective de la vie sans complaisance,
je n’y suis pas allée avec le dos de la cuillère, c’est une évidence.

C’est un fait, les idées les plus brillantes sont souvent les plus spontanées.
Pourquoi toujours gaspiller son énergie à vouloir tout compliquer ?
Nul besoin d’être une lumière pour emprunter le chemin le plus court.
Sans abuser de nos ressources qui se tarissent un peu plus chaque jour,
le soleil subvient souvent à mes besoins par sa chaleur que je savoure.

Qui n’a jamais joué au jeu des nuages qui se dessinent dans le ciel ?
L’imagination s’envole vers ses blanches barba-papas comme réelles.
Tel un défi lancé j’accepte de jouer avec le feu qui me guette.
Il me provoque de son regard de braise pour que je craque l’allumette.
La flamme s’anime et s’amuse en dansant dans le souffle du vent joyeux,
l’ambiance est heureuse sous les crépitements, nous avons ri tous les deux.

Lorsque j’ai eu besoin de l’argent que j’avais durement amassé,
Mon affable banquier m’a appris que mon épargne était gelée.
Je l’ai invectivé, cet argent que j’ai mis de coté est à moi !
Il m’a répondu de façon assez gauche qu’il avait tous les droits.
Pour briser la glace j’ai décidé de prendre un peu de recul,
D’ici quelques temps j’aurai une avance sur mon petit pécule.

J’aime bien utiliser un verre d’eau pour mettre des images sur mes mots.
Lorsque mes réflexions bouleversent les reflets de mes photos.
C’est ainsi que j’ai appris que l’on pouvait manipuler les éléments.
Certains diront que c’est tricher moi je préfère parler d’ajustement.
Quand parfois se renverse la vie et que tout est bouleversé,
Il faut apprendre à inverser nos pensées pour regarder par le bon côté.

Cette photo s’appellerait-elle La maison ou bien Les livres ?
En tout cas un endroit à la page où il fait bon vivre.
Bâtie sur manuel, du sol au plafond s’entassent des pavés lourds.
De la main-d’œuvre littéraire qui cimente les grandes histoires d’amour.

« La beauté est dans les yeux de celui qui regarde. »Oscar Wilde

Des gens dans la rue

6 septembre 2020


C’était il y a quelques années dans les rues de Montpellier.
Quelques artistes de rue, des sourires, des gens esseulés.
Et puis il y a moi, de l’autre côté de la scène.
Moi, la spectatrice qui s’émeut, qui sourit, qui a de la peine.
Moi qui tente de figer ces instants pour ne pas oublier.
C’était il y a presque 10 ans, où sont-ils ces gens que j’ai croisés…

L’homme de la liberté, comme j’aime à l’appeler.
Il était comme un penseur, une statue figée, privé de tout mouvement, sans la moindre liberté.
Les passants autour de lui ont bien essayé de le déconcentrer. Mais imperturbable et impassible, l’homme-statue n’a jamais bougé.
J’ai mis une petite pièce dans son chapeau modeste. Finalement c’est moi qui ai fait un petit geste.

De chair et d’os

Au détour d’une rue j’ai croisé ce couple qui m’a poliment demandé un peu de monnaie.
J’ai eu l’audace de leur proposer en retour d’accepter de poser.
Ils m’ont offert un sourire en échange de bon procédé.
Je suis repartie bien plus riche qu’avant d’arriver.

Garder le sourire

Le visage de la dame au fauteuil s’est illuminé à la vue de ce petit chien tout agité.
Ainsi, de simples rencontres nous rappellent que le bonheur est souvent à notre portée
et qu’il nous faut nous adapter, quelles que soient nos vies et nos réalités.
Si tu veux une pomme va la chercher…
Si la pomme est trop haute, prends un bâton.
Si la pomme est abîmée, ne mange que le bon côté.
Si elle n’est pas mûre, sois patient.
Si elle l’est trop, fais-en de l’engrais.

Se souvenir des belles choses

Cet homme endormi au coin de cette rue,
n’avait probablement pas aperçu la flèche qui pointait vers lui.
Cette invitation à rejoindre son triste club, moquerie de la vie et triste ironie.
Le club des gens probablement trop seuls, auquel évidemment personne n’accepte d’adhérer.
Un espoir de vie trompé, une carte d’infidélité.

Rejoignez notre club

Que je fus frappée par le son de la scie musicale, elle vous emporte l’âme.
C’était à couper le souffle et très vite je tombais sous le charme.
Entre deux morceaux le saltimbanque tournais lentement sa manivelle,
L’orgue de barbarie entonnait alors une nouvelle ritournelle.

La scie bémol

Ma pensée au moment où ce cliché a été pris : où est cette femme sur la photo et que fait-elle à cet instant précis ?
Pendant que lui traque son prochain repas, le boire et le manger qu’il lui faudra trouver,
la belle ne sait surement pas qu’elle le foule à ses pieds.
C’est cette étrange idée qui me fait songer non sans indifférence au curieux déséquilibre de la vie.
Un jour on danse quand l’autre plie, un jour on pleure quand d’autres rient.

La belle et la bête

L’étrange homme-tortue paraissait courir deux lièvres à la fois.
Alléger son paquetage pour pouvoir avancer. Fouiller dans les parages et trouver d’autres objets.
Cette cigale là a déchanté tout l’été. C’est à pas de fourmis qu’elle tentera d’avancer.
S’il est gueux comme un rat d’église, dans les villes ou dans les champs, on espère qu’enfin aujourd’hui la vie lui sourit.

Ma maison sur mon dos

Qu’il est bon et joyeux l’air d’accordéon, lointain souvenir du mariage de l’oncle Léon.
En attendant ce tramway que je nommais vraiment désir, j’ai écouté ces notes avec le plus grand des plaisirs.
J’ai aimé ce contraste temporel porté par cette musique d’une époque ancienne,
dans un décor d’un tout autre temps, animé, urbain et moderne.

“Une rue, c’est ce qui va quelque part. Ça marche de chaque côté de nous comme une procession.”Paul Claudel

Thé ou Café

31 août 2020


C’est un fait, je n’ai pas inventé l’eau chaude et je n’ai pas la science infuse.
Saurais-je alors me préparer une tasse de thé dont je raffole et abuse ?
Sans prendre tout au pied de la lettre, j’aime le Thé.
Qu’il est heureux le moment d’une tasse parfumée.
Je frémis de bien-être tandis que l’eau en fait autant,
je choisis le parfum, ce sera noir, vert ou blanc.
Alors que je plonge mon thé dans le liquide brûlant,
mon sucre coule au fond et se répand doucement.
J’arrose d’un filet de citron et je brasse lentement.
Je nage dans le bonheur, je suis prête à boire la tasse, tout simplement.

Le thé, un Bref moment de tranquillité sans pépin

Il y a tellement de façons de choisir son café…
Un café sur le pouce quand on vous met à l’index.
Un petit café court quand on trouve le temps long.
Un grand café noir pour combler un blanc.
Un café instantané quand on veut prendre son temps.
Un café allongé pour pouvoir se lever.
Un café au lait quand tout va de mal en pis.
Un café en grain quand on est moulu.
Il y en a bien d’autres mais j’ai préféré filtrer,
En abuser serait un peu fort de café !

Un petit grain de folie dans mon café !

Un jour de grisaille, comme dans un vieux film en noir et blanc,
une blonde impassible attend patiemment son amant.
Pensive devant son café dans ce vieil estaminet,
rougissant secrètement de leur cinq-à-sept éhonté.
Imaginant leur tête-à-tête elle boit du petit lait.
L’amour est-il soluble consommé à la dérobée ?
L’homme fort et robuste entrera par la porte d’alcôve,
Langoureusement ils s’en iront prendre le café du pauvre.

Café noir pour nuits blanches

Si je vous dis que j’ai un grain me croirez-vous ?
J’ai un grain de beauté, une petite coquetterie.
Cela rend un peu jolie alors parfois je fais mouche.
Quelquefois j’ai aussi un petit grain de folie,
Vent de fantaisie qui me donne le sourire à la bouche.
Si quelque chose d’audacieux et de curieux m’interpelle,
Je m’en mêle et j’adore mettre mon petit grain de sel.
Disserter sur le café, qu’il soit en grain ou en poudre,
Fut un exercice qui m’a donné du grain à moudre.

Être sure que le café est toujours prêt, je veille au grain

Certains diront : Tempête dans une tasse de thé !
La philosophie du thé est ainsi jugée,
parfois méconnue ou simplement ignorée.
Il s’agit là d’un rituel voire d’une cérémonie,
une hygiène, un exercice, une précise géométrie.
A son usage est lié le culte de l’imparfait,
un art appliqué pour accomplir méthodiquement,
ce geste simple mais organisé et apaisant.

Les feuilles de thé nous déroulent leur tapis d’arômes

« Le café est un breuvage qui fait dormir quand on en prend pas. »Alphonse Allais

C’est au crépuscule de sa journée qu’il est temps pour le soleil d’aller se coucher.
Solennellement, il revêt sa chemise de nuit étoilée, constellée d’astres scintillants et dorés, et se glisse lentement dans ses beaux draps d’horizon renversé.
Abrité sous son ciel de lit en ruban lacté, il compte les moutons qui disparaissent dans le noir, obéissant aveuglément à l’étoile du berger.
Ces gros nuages abandonneront peut-être la pluie et les petites gouttes de nuit le berceront de leurs chuchotis.
Le roi soleil s’endort alors avec délice.
Faisant place à la lune qui trône en son royaume, l’astre nocturne aux reflets monochromes.
Le soleil rejoint enfin Morphée, il s’éclipse.

Quand le soleil monte se coucher

Où vont ces gens qui marchent dans la nuit et semblent tout droit sortis d’un tableau de génie.
On sent l’artiste écorché devant sa toile inspirée, les couleurs sur la palette se fondent en dégradé.
Et quels grands maîtres l’ont inspiré !
La faim de l’artiste assouvie auprès de Buffet, plié en révérence devant l’œuvre de Courbet ou un soupir d’apaisement quand Soulages peint ses nuits charbonnées.
Les gens de la nuit ne croisent pas le marchand de sable, tout est question de plage horaire,
les gens du soir ont ce vague à l’âme indéfinissable, mélancolie aux couleurs de la mer.

Les petites huiles sortent du tableau la nuit

Certains rêvent de décrocher la lune. Qu’en feraient-ils donc par Jupiter ?
Arracher son satellite à notre vieille Terre, laisserait un trou noir dans le ciel nocturne.
La conquête de l’espace ne fait pas de quartier, ce petit pas pour l’homme qui cherche un pied-à-terre,
le rêveur est dans la lune à bord de sa fusée, tandis que vue d’ici on a le nez en l’air.
Et puis elle est si changeante qu’on la dit lunatique, tantôt jeune, tantôt vieille, cela va croissant.
Au clair de la lune dans ma vision télescopique, je plonge ma plume dans le noir du firmament.

La nuit, par sa lumière lunaire, nous porte de sages conseils éclairés

Je me souviens que la dernière fois que j’ai passé une nuit blanche c’était après une journée noire.
J’avais traversé le monde dans un rêve tout éveillé, du petit matin jusqu’au soir.
D’un coté le soleil me saluait de son bonjour, de l’autre la lune me souhaitait bonne nuit.
J’ai compris l’infortune du décalage horaire, syndrome du long voyage au bout de la nuit.

Le syndrome du décalage horaire

Lorsque j’observe le petit jour à travers ma jumelle
j’ai une longue vue sur le tout ciel,
je peux aller plus loin et par-delà le soleil
jusqu’à effleurer son toit Majorelle.
Je suis comme au spectacle, les yeux rivés sur ma lunette,
j’espionne le jour par le petit bout de la lorgnette.

Observer le ciel à travers ma lentille sans perdre le contact

Il est une expression qui dit « long comme un jour sans pain ».
Le soleil point entre les grains d’avoine, de blé, de lin,
le vent leur ordonne de danser, ils marchent à la baguette,
on entend presque le doux son de la flûte, quasi muette.
Moi j’aime ces jours où l’on prend le temps d’égrener les heures,
se vidant l’esprit et s’allégeant de tout labeur.
Sous la chaleur du soleil. Louant la lune et sa fraicheur.
Parcourant le jour, traversant la nuit, en apesanteur.

Fuite de soleil dans un champs d’avoine

« Je suis un vieux mangeur d’étoiles et c’est à la nuit que je me confie le plus aisément. » – Romain Gary

Le mélange des genres peut vous paraitre audacieux, voire même curieux.
Je m’essayais à imaginer les pensées de ces auteurs ; plongée furtive dans leur imaginaire, comme une petite fenêtre qui se serait ouverte dans une nouvelle dimension éphémère.
Vous noterez qu’il n’y a pas de dame, certainement pour pousser l’expérience à son paroxysme, cultiver l’inconnu jusqu’au bout de l’âme.
Mes propres mots sont bien petits autour de ces génies, je m’en excuse par avance et m’en remets à votre indulgence.

Je vais vous faire un brin de causette. Quelques mots couchés sur le papier à lettre.
Ce poète écrivain de génie qui conta l’histoire de Notre Dame de Paris, nous a laissé comme une évidence, la légende des siècles où le travail de toute une vie.
En pensée, voilà que je me rends à son vieux bureau.
Un portrait règne en maitre et veille.
On peut sentir l’odeur de l’encre mêlée à celle de la poudre acre, car c’est ici que naquit Gavroche l’enfant des rues, issu du chef d’oeuvre qui n’a de Misérable que le nom, et dont on connait le sacre.
Je coupe court à cet aparté, à coup de H comme Hugo.
Monsieur, malgré les œuvres de vos contemporains, voisins de palier sur ma bibliothèque organisée, c’est l’un de vos romans prestigieux que je relirais, si je devais vivre les derniers jours d’un condamné.

Sous la plume de Victor Hugo

Ce fil rouge est consacré à l’auteur de la ligne verte.
Que je n’aimerais pas trainer dans les couloirs de son inconscient.
Écrivain fantastique, le roi de l’horreur a le sang chaud pour dépeindre avec sang froid les cavaliers de l’apocalypse.
C’est de sa faute si le vieux clown au nez rouge ne nous fait plus hurler de rire, il incarne désormais le mal et l’épouvante et bien pire.
Je le vois cloitré dans sa tour sombre, entouré de ces âmes au pouvoir maléfique, œuvrer sur ses pages vendues en grand nombre,
fruit du travail de sa plume prolifique.

Stephen King, les pages écrites au sang d’encre

Que les fleurs du mal me font du bien.
Je les ai cueillies une par une et solennellement rangées dans un vase de spleen, la fusion de leur sens a empli lentement l’espace de sa tristesse divine.
Ce bouquet de mélancolie nous rappelle qu’il n’y a pas de roses sans épines,
et qu’il y a peu de choses ici qui ne nous peine ni nous chagrine.

Les pages jaunies et cornées de ce recueil que j’ai inlassablement tournées

Dans un songe d’une nuit d’été, comme dans un rêve éveillé, j’étais Juliette fille de Capulet qui s’est promise à son Roméo.
Comment ne pas imaginer l’auteur des amants de Vérone puisant son inspiration outre tombe,
sans cesse tourmenté par la question désormais scellée : Être ou ne pas être.

Roméo et Juliette, les âmes en peine

Tous mes sens en éveil, je referme le livre.
L’odeur envoutante de la lavande, le concerto strident des cigales, le gout anisé du petit jaune, la vue panoramique de la garrigue solide et la terre rêche entre mes doigts, lourde comme une boule de pétanque.
Je referme les yeux. Je suis sur le vieux port, j’aperçois les joueurs de manille, la partie a commencé.
A travers le carreau, j’observe. Dans la bataille, les dames mènent le jeu, elles jouent leurs atouts lorsque l’un des joueur baisse sa garde, qui s’y frotte et s’y pique. Il se couche à sa botte sans faire un pli : tu me fends le cœur !

« Tu me fends le cœur ! »

« Quand je pense aux livres de chevet de certains de mes amis, je me demande comment ils font pour se réveiller. »Marcel Achard

J’ai tricoté une écharpe de musique, une note à l’endroit une note à l’envers, un petit contrepoint, un petit contretemps, un cache col pour la saison basse quand le vent souffle et trompette.
D’aiguille en crochet, j’ai réalisé des simples et des doubles croches.
Mon étole sera ronde car je n’ai pas la mesure, et pour le ton ce sera une noire ou une blanche.

Il est de bon ton de dire que la musique adoucit les mœurs, alors j’ai voulu mettre un disque, mais c’est toujours la même chanson.
Comme je connais la musique, même si je n’ai pas l’air comme cela, j’ai décidé de changer de refrain.
De concert avec moi même je me suis mise au diapason et j’ai fait comme ça me chante. En avant la musique !

Les notes sont perchées sur la portée comme des oiseaux sur les fils électriques.
Cela étant, le rossignol, la caille et le coucou deviennent instruments le temps d’une symphonie pastorale de Beethoven.
Ce phrasé musical qui résonnait en lui à touché la corde sensible et certainement des trémolos dans la voix, il a fredonné la partition.
Ce fut réglé comme du papier à musique.

Je n’ai pas percuté tout de suite mais je pense que l’on aime pas ma musique. Chanter à tue-tête est un bon moyen de se faire sonner les cloches.
Se pourrait-il que je fasse si mal qu’il en pleuve des cordes pour de bon ?
Qu’à cela ne tienne j’ai la guitare qui me démange de tout mon long.
Plutôt que de faire comme cela me chante à cor et à cri, je préfère partir sans tambour ni trompette.

« La musique savante manque à notre désir » – Arthur Rimbaud

Deux mots à vous dire

30 juillet 2020


L’écrivain en manque d’inspiration se met la rate au court-bouillon, de culture, mais quand les mots ne viennent pas glisser sous son encre, il sèche.
En quête de nourriture spirituelle, il dévore les écrits d’autrui qui le mettent en appétit.
Enfin, ivre de connaissance, il lutte tout son soûl contre la page blanche, et c’est un coup dans le nez dont il aura tiré les vers qui lui redonnera le gout de l’épître à l’instar de Baudelaire.
Ces hors-d’œuvre qu’il avalera tout cru puisqu’il ne mâche pas ses mots, quand enfin repu il retrouvera ce qui lui revient : la patte de l’écrivain.

Pour voir la vie en rose il faut avoir la main verte.
Tant pis si sa belle lui en fait voir de toutes les couleurs, quitte à se faire des cheveux blancs, il faut ouvrir son cœur.
Alors à la façon d’un cordon bleu il va lui faire du plat, espérant qu’il n’y ait pas de résistance.
Puis il lui dira les mots que l’on dit avec les yeux, ceux de ce grand monsieur parti vers d’autres cieux. Il lui dira les mots bleus.

Afin de faire pencher la balance je me suis risquée aux gros mots.
Ce n’était pas très fin, désormais je pèse mes mots.
Quelle somme de ces mots peuvent contenir tous ces ouvrages ?
Ils en ont fait des tonnes, ils en ont fait des tomes.
Cependant que le mot « livre » n’est parfois qu’une demi-mesure lorsqu’on y pense, le volume de ses mots cache bien souvent des œuvres lourdes de conséquences.

L’amour épistolaire, très usité naguère, emploie à son apogée le mot « aime » et à son périgée le mot « haine ».
De lettres de noblesses en lettres ou les maux blessent,
il est difficile alors d’aimer sans mot dire.
Nous dirons qu’un amour naissant est plus que parfait, mais qu’à présent déchu il est imparfait.

Les mots qui courent sur le papier n’ont pas toujours bonne presse.
Sa liberté tient-elle à sa plume qui trace les mots qui s’envolent tel le canard parfois plus déchaîné qu’enchaîné ?
C’est un paradoxe : Je lis dans mon journal les nouvelles de la veille qui ne sont donc déjà plus si nouvelles et les actualités pas si actuelles.
A contrario ce que l’on appelle revue n’a encore jamais été lu.
J’ai été vraiment froissée et cela m’a mise en boule, quel renversement de situation ! Il ne m’a pas fait bonne impression.
Mon curieux journal quotidien est écrit dans la langue de Molière,
c’est une feuille de chou qui conte des salades où il n’y a pas un ver.

« Quiconque veut trouver quelques bons mots n’a qu’à dire beaucoup de sottises. » Jean-Jacques Rousseau

L’affaire Tournesol

25 juillet 2020


L’un des grands maîtres de la peinture en a fait un tableau.
C’est impressionnant, si vous tendez bien l’oreille vous entendrez le bruissement de leurs feuilles charnues lorsqu’ils s’offrent au soleil.
Sans jamais perdre le nord, aidée de ma boussole, je veille autant sur le sud au pied des tournesols.

« Tournesols dans un vase » – Vincent Van Gogh

Ainsi, l’artiste a choisi ces hélianthes pour peindre de son vivant sa nature morte.
Rangés dans un vase en terre cuite dans sa chambre couleur pastel,
Que ne les préférait-il en terre crue sur une large aquarelle.
Vive déclinaison de jaunes tel un arc-en-ciel d’agrumes,
comme un soleil de sa naissance jusqu’à un âge qu’on assume.

Les fleurons des tournesols dessinent des spirales qui tournent dans le sens des aiguilles du montre, ou en sens inverse

Si j’osais jouer les notes au pied de ce champs,
Je tournerais le sol au son de ma guitare,
l’instrument bien huilé se donnerait au soir,
Graine de musicienne j’entonnerais un autre chant.

La graine de tournesol, une petite note salée, qui ne coûte pas cher

Merveilleuse source de pollen pour les abeilles, tournées le jour vers le soleil, elles savourent leur lune de miel quand la nuit veille.
Lorsque parfois j’ai le bourdon, j’observe l’insecte entamant en chaîne son tour de piste afin d’aller servir sa petite reine.
Privilégiée, j’assiste à l’offrande de cire à sa majesté.

Le tournesol usine à produire le pollen à ces ouvrières consciencieuses

Riche fleur aux pouvoirs nombreux, son huile de jouvence et précieux soin ad hoc, nous fera rire de nous voir si belle en ce miroir.
C’est ce que nous dirait le Professeur un peu dur de la feuille, de Tournesol bien entendu.
Ainsi s’achève cette aventure animée de jaune d’or,
en image sur ce champs rempli de tant de richesses, en un mot comme en cent :
Mille millions de mille trésors !

Une foule de tournesols un doux matin de juillet

« Réaliser des esquisses revient à planter des graines pour faire pousser des tableaux »Vincent Van Gogh

Dans ces eaux là

18 juillet 2020


Que j’aimerais trouver le temps d’écrire plus. Inutile de faire couler beaucoup d’encre, seulement quelques gouttes, de celles qui ont fait déborder le vase.
Si je ne peux partager cette prose, alors me faut-il me noyer dans un vers ?

Sachez que j’ai beaucoup de pain sur la planche.
Pétrie de doute, je travaille à apprendre toujours, afin d’apporter de l’eau à mon moulin.
Ne jamais baisser la cadence si l’on ne veut pas finir sur la paille ou fauché comme les blés.

Il faut apprendre de ses erreurs si l’on ne veut se retrouver le bec dans l’eau. Mieux vaut un nez sec plutôt qu’un échec.
A coups répétés d’épée dans l’eau on devient vite potiche car tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise.

Je prends un peu de liberté mais sans être oisive, à la vue d’un bon livre voilà que je salive.
Si un copieux roman me met l’eau à la bouche, un livre à l’eau de rose ne me sied ni ne me touche, et je doute que je m’émeuve à la lecture d’un roman fleuve.
N’espérez pas me conter fleurette car cela tomberait à l’eau.

Dans mes pensées je réfléchis, le miroir doré aussi.
Il flotte et partage son reflet avec celui de l’eau claire. Il renvoie mon image et m’annonce aussi sec que l’on se ressemble comme deux gouttes d’eau.
Je le trouve hautain ce miroir sans tain.

Quoi qu’il advienne jamais je ne me décourage, quand la vie parfois tourne à l’orage.
Je ne suis pas née de la dernière pluie, pas de précipitation pour attraper mon parapluie.
Ce n’est pas un petit passage nuageux qui m’empêchera d’obtenir ce que je veux, et je ne jure que par l’espoir de laisser une petite trace de mes mots, même si je sais qu’il ne faut jamais dire : fontaine je ne boirai pas de ton eau.

« Certes, il n’est vraiment pire que l’eau qui dort »Fabre d’Églantine

Dans l’air du temps

9 juillet 2020


Par les temps qui courent nous sommes toujours pressés.
Pris de vitesse dans la course contre la montre.

Mais rattraperons nous le temps pour autant ?
Un brin de sagesse nous inviterait à méditer et réfléchir à ce sujet, à temps perdu…

Sans aucune préméditation, j’ai osé un jour tuer le temps.
Paix à son âme, c’est un temps mort.
Dans l’air de son souvenir encore bien présent,
je me suis dit qu’il avait fait son temps.

A la recherche du temps perdu, j’ai trouvé le temps long, cela m’a prise de court.
Je ne voulais pas y passer des heures alors j’égrainais les minutes espérant être secondée, à la bonne heure.
Je suis en avance sur mon temps et je ne souffre aucun retard,
sans quoi je n’aurais d’autre choix que de remettre les pendules à l’heure, voire à plus tard.

Certains s’évertuent à gagner du temps, reprenant ce dicton familier qui prétend que le temps c’est de l’argent.
L’intérêt n’est-il pas de se payer du bon temps ?
Ainsi, n’en déplaise à ceux qui se croient nantis à tord,
la richesse n’est pas dans le coffre, c’est ça le plus fort.

Le temps passe inexorablement sans que l’on puisse l’arrêter.
A présent que nous savons révolu ce passé,
c’est simple et c’est ainsi qu’il nous faut composer.
Profitons de chaque instant, partageons de bons moments et réalisons que même s’il nous est compté, il faut laisser le temps filer.

« Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard » – Louis Aragon